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Le même caftan, le même tagine, les mêmes saints

  • Photo du rédacteur: Amine Drissi Boutaybi
    Amine Drissi Boutaybi
  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Sur ce qui ne sépare pas les Juifs et les Musulmans du Maroc.

Fraternité juif musulman au maroc

Pour comprendre le Juif marocain, regardez d’abord ailleurs.


Regardez les ashkénazes. En exil, dispersés à travers l’Europe, ils ont fini par bâtir un monde à part. Une cuisine à eux. Des danses à eux. Et même une langue à eux — le yiddish, idiome germanique, étranger autant aux pays qui les abritaient qu’à l’hébreu de leurs prières. La diaspora, chez eux, a produit de la différence. Il fallait bien survivre en restant soi, quand on n’est jamais tout à fait chez soi.


Le Juif marocain, lui, n’a jamais eu besoin de cela.

Parce qu’il était déjà chez lui.


Plus ancien que la question

Sa présence ici ne se compte pas en siècles, mais en millénaires. Plus de deux mille ans. Des vestiges de Volubilis aux communautés de l’Atlas, le Juif est sur cette terre avant l’islam. Il n’est pas un invité que l’on tolère ; il est un enfant de la maison, au même titre que son voisin musulman. Cette antériorité change tout : on ne parle pas d’hospitalité, on parle d’appartenance.


Alors, forcément, tout se ressemble.


C’est le même caftan que l’on revêt pour les mariages. Le même tagine qui fume dans toutes les assiettes. La même musique andalouse — souvent jouée, d’ailleurs, par les mêmes maîtres, sans qu’on songe à demander qui prie où. La même manière de penser le monde, la famille, l’honneur, la table.


Et les mêmes saints.


Les tombeaux qu’on partage

Voilà peut-être le plus beau. Aux quatre coins du Royaume, des sanctuaires où, depuis des siècles, Juifs et Musulmans viennent prier côte à côte. On y allume les mêmes bougies, on y formule les mêmes vœux, on y confie les mêmes peines. Le tsadik juif veille sur le village musulman ; la famille musulmane garde le tombeau du saint juif. Cette dévotion croisée n’est pas une curiosité folklorique : c’est la preuve vivante qu’ici, le sacré lui-même ne sépare pas.


Un mot tout de même sur la langue, car on s’y trompe souvent. Le Juif marocain parlait le judéo-arabe, parfois le judéo-berbère. Mais qu’on ne s’y méprenne pas : ce n’est pas une langue importée. C’est de l’arabe marocain, du darija, écrit en lettres hébraïques. Là où l’ashkénaze inventait un idiome à part, le Marocain de confession juive parlait, tout simplement, marocain.


Sujets de Sa Majesté

Et ce n’est pas qu’une affaire de cuisine et de chansons.


La mémoire nationale garde le geste protecteur de feu Sa Majesté le Roi Mohammed V, qui refusa de distinguer ses sujets selon leur foi quand d’autres, ailleurs, dressaient des listes. Cette fidélité ne s’est jamais démentie. Sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la Constitution de 2011 inscrit noir sur blanc, dans son préambule, l’affluent hébraïque comme l’une des composantes de l’identité marocaine. Pas une concession : une reconnaissance.


Et le geste se prolonge dans la pierre : restauration de centaines de cimetières juifs à travers le pays, et, à Essaouira, l’inauguration par le Souverain de Bayt Dakira, la Maison de la Mémoire, dédiée au patrimoine judéo-marocain. Un royaume qui restaure les tombes de ses Juifs est un royaume qui se souvient de qui il est.


Alors disons-le sans détour.


Un Juif marocain n’est pas moins marocain que toi. Il ne l’a jamais été. Il ne le sera jamais.

Nous sommes tous des sujets de Sa Majesté.


Aller plus loin

Ce sujet est l'une des clés du livre Le Maroc, ses Juifs et Israël, qui décode, sans tabou et sans complaisance, la relation triangulaire entre le Maroc, ses Juifs et l'État d'Israël. Origines, foi et alliance d'une civilisation.

Mes livres se lisent, mes conférences se vivent, mes partenariats se construisent. Tout commence ici : pinktarbouche.com.


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