Le mellah était le bouclier du Sultan
- Amine Drissi Boutaybi

- il y a 3 heures
- 2 min de lecture
Toujours adossé au palais, relié au Roi par un passage direct, dépourvu de la moindre grille : au Maroc, le quartier juif était le lieu le plus protégé de la ville. Sa géographie raconte un privilège, pas une relégation.

On l'appelle « ghetto », et le mot a fini par écrire une fausse histoire. Pourtant, la place du mellah dans la ville marocaine dit exactement l'inverse de la relégation.
Regardez la carte. Le premier mellah, créé à Fès en 1438, ne fut pas repoussé en périphérie : il fut établi juste à côté du palais royal. Le schéma se répète partout. À Marrakech, en 1558, le mellah jouxtait le palais de la Bahia. À Meknès, il était adossé aux murs de la cité impériale de Moulay Ismaïl. Jamais aux marges, toujours au plus près du pouvoir.
Cette géographie n'a rien d'un hasard. Elle exprime un choix politique clair : le sultan prenait la communauté juive sous sa protection directe. À Fès, un passage reliait même le mellah au palais, pour que les Juifs puissent solliciter cette protection en cas de menace. Être près du trône n'était pas une exclusion, c'était un bouclier.
La comparaison avec l'Europe est sans appel. Le ghetto de Venise, institué en 1516, était une île fermée la nuit par des grilles. Le mellah marocain, lui, n'avait aucune grille. Et dans le sud du Maroc, il n'existait souvent aucun quartier séparé : les Juifs vivaient au milieu des populations musulmanes.
L'architecture confirme cette imbrication. D'un côté le mikvé, la synagogue, le four communautaire ; de l'autre la mosquée ; et au milieu, les mêmes souks, les mêmes fontaines. À Essaouira, en 1764, une ville entière fut même pensée sans mur entre quartier juif et quartier musulman, un cas sans équivalent au Maroc.
Alors cessons de plaquer un mot européen sur une réalité marocaine. Le mellah n'était pas un mur de relégation. C'était le bouclier du Sultan.
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