top of page

Les Marocains, bâtisseurs de Jérusalem

  • Photo du rédacteur: Amine Drissi Boutaybi
    Amine Drissi Boutaybi
  • il y a 2 jours
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

On a réduit les Juifs marocains au folklore. L'histoire dit qu'ils furent parmi les fondateurs d'Israël moderne.

Jérusalem

Il existe une image commode des Juifs marocains : celle d'un peuple de mélodies et de fêtes, gardien tendre d'une nostalgie. Une image affectueuse, et fausse à force d'être réductrice. Car avant d'être un folklore, les Juifs du Maroc furent des bâtisseurs, au sens le plus littéral du terme.


Remontons à 1867. Jérusalem vit encore repliée derrière ses murailles ottomanes ; sortir de la vieille ville relève presque de l'imprudence. C'est pourtant ce que fait un groupe de la communauté maghrébine, en grande partie venue du Maroc, conduit par le rabbin David Ben Shimon. Ensemble, ils fondent Mahané Israël, l'un des tout premiers quartiers juifs édifiés hors des remparts, et le premier bâti par la communauté nord-africaine pour les siens. Là où l'on ne voyait que des pèlerins attachés au passé, il y avait des pionniers qui dessinaient l'avenir.


Ce geste n'est pas un accident isolé. Dans les décennies qui suivent, on retrouve les Maghrébins parmi les premiers habitants des quartiers neufs qui feront les villes modernes du pays, de Tel-Aviv à Haïfa, de Tibériade aux faubourgs de Jérusalem. Une communauté que l'historiographie dominante rangera plus tard tout en bas de l'échelle se révèle, quand on regarde les pierres plutôt que les clichés, avoir posé une partie des fondations.


C'est là que le récit se retourne. Lorsque les grandes vagues d'immigration arrivent au milieu du XXe siècle, les Juifs marocains sont accueillis avec condescendance, relégués dans des villes de développement périphériques, sommés d'oublier leur héritage. On les traite en nouveaux venus à éduquer. L'ironie est cinglante : ceux qu'on regardait comme des figurants de l'histoire d'Israël en avaient été, près d'un siècle plus tôt, parmi les fondateurs.


Rappeler cela n'est pas un exercice de nostalgie, ni un règlement de comptes. C'est une question de justesse. Un peuple qui a bâti mérite d'être nommé bâtisseur. Et il y a quelque chose de profondément actuel à le redire aujourd'hui, alors que le Maroc et Israël renouent : ce lien n'est pas une invention diplomatique récente, c'est une mémoire de pierre, vieille de plus d'un siècle et demi.

Les Juifs marocains n'ont pas seulement chanté le Maroc en exil. Ils ont, de leurs mains, aidé à construire la maison commune. Il serait temps de l'écrire au présent.


Pour aller plus loin

Vous voulez aller plus loin ? Mes livres se lisent, mes conférences se vivent, mes partenariats se construisent. Tout commence ici : pinktarbouche.com

SOUSCRIRE À LA NEWSLETTER LE CARNET DE PINK TARBOUCHE

Ma ligne directe : décryptages à chaud, coulisses de mon action, rendez-vous. Au calme, loin du bruit des réseaux.

bottom of page