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Le prochain Premier ministre d’Israël pourrait être un fils du Maroc

Pour la première fois de l’histoire, un sondage place Gadi Eisenkot — enfant d’immigrés juifs marocains — devant Benjamin Netanyahou comme Premier ministre préféré des Israéliens. Derrière ce chiffre, une revanche historique de soixante-dix ans, et une question que personne ne pose encore : qu’est-ce que cela changerait pour le Maroc ?


Le chiffre est tombé il y a quelques semaines, et il a fait le tour des réseaux marocains avant même celui des rédactions françaises : selon un sondage de la Chaîne 12 israélienne, 38 % des Israéliens préfèrent Gadi Eisenkot comme Premier ministre, contre 35 % pour Benjamin Netanyahou. Une première. Jamais, depuis des années, un rival n’avait devancé Netanyahou sur cette question dans un sondage national.


Et ce rival n’est pas n’importe qui. Gadi Eisenkot est né de parents juifs marocains, immigrés en Israël dans les grandes vagues d’alyah du Maroc. Ancien chef d’état-major de Tsahal, il a lancé fin juin sa campagne à la tête de son parti Yashar, désormais crédité de la deuxième place dans les intentions de vote, juste derrière le Likoud. Les élections sont prévues fin octobre. Autrement dit : le prochain Premier ministre de l’État d’Israël pourrait être un fils du Maroc.


Prenons une seconde pour mesurer ce que cette phrase contient.


La revanche du « deuxième Israël »

Pendant des décennies, les Juifs venus du Maroc et du monde arabe ont formé ce qu’on appelait en Israël le « deuxième Israël » : les villes de développement, les quartiers périphériques, les métiers durs, l’accent moqué, la culture regardée de haut par l’establishment ashkénaze fondateur. Leurs enfants ont gravi chaque échelon — l’armée, la musique, la politique — mais le sommet du sommet, le bureau du Premier ministre, est resté hors d’atteinte.


Eisenkot incarne exactement cette trajectoire. Et le plus savoureux, c’est que la campagne du Likoud le lui rappelle : des vidéos moquant son anglais à l’accent prononcé circulent, opposées à l’anglais poli de Netanyahou, formé dans les lycées américains. L’attaque dit tout — et elle se retourne. Car cet accent, des millions d’Israéliens l’ont entendu à la maison, chez leurs parents, chez leurs grands-parents venus de Casablanca, de Fès, de Marrakech. Ce que le Likoud croit être une faiblesse est peut-être sa plus grande force : Eisenkot ne ressemble pas au pouvoir. Il ressemble au pays.


Il y a aussi, dans ce destin, une part de tragédie qui force le respect au-delà des camps : son fils Gal est tombé au combat à Gaza en décembre 2023. Quand Eisenkot parle du prix de la guerre, aucun adversaire ne peut lui opposer qu’il ne sait pas de quoi il parle.


Restons lucides

Honnêteté oblige : un sondage n’est pas une élection. Son parti reste deuxième derrière le Likoud, aucun bloc ne dispose d’une majorité claire, et la politique israélienne a enterré plus d’un favori des sondages. Netanyahou est l’animal politique le plus résilient de l’histoire du pays, et octobre est loin. Quiconque vous vend l’affaire comme pliée vous ment.


Mais le symbole, lui, est déjà acquis : pour la première fois, un fils d’immigrés marocains est l’homme que les Israéliens, sondage après sondage, désignent comme l’alternative crédible. Ce plafond-là est déjà fissuré, quel que soit le résultat.


Et pour le Maroc ?

C’est la question que les réseaux marocains ont comprise d’instinct — il suffit de voir les drapeaux 🇲🇦❤️🇮🇱 fleurir sous chaque publication le concernant. Un Premier ministre israélien aux racines marocaines, ce ne serait pas une anecdote généalogique. Ce serait un accélérateur.


Le lien entre Rabat et les Israéliens d’origine marocaine n’a jamais été rompu : le Maroc est le seul pays dit arabe dont les Juifs partis ont gardé un attachement viscéral, entretenu, revendiqué — les hiloulot, les pèlerinages, les maisons familiales, la musique. Près d’un million d’Israéliens portent ces racines. Qu’un des leurs accède à la tête du gouvernement, et c’est toute la relation bilatérale qui change de texture : plus intime, plus directe, portée par un homme pour qui le Maroc n’est pas un dossier diplomatique mais une mémoire de famille.


Je ne fais pas de pronostic — j’ai dit plus haut pourquoi. Mais je note ceci : pendant que certains pays du voisinage effacent leur mémoire juive, le Maroc, lui, pourrait voir un jour un enfant de sa diaspora diriger Israël. La mémoire entretenue finit toujours par payer des dividendes que l’effacement ne connaîtra jamais.


Rendez-vous en octobre. D’ici là, retenez ce nom : Eisenkot. En hébreu, ça sonne militaire. En vérité, ça vient de chez nous.


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