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À Berkane, le Maroc rappelle qu’il est devenu un rempart

  • Photo du rédacteur: Amine Drissi Boutaybi
    Amine Drissi Boutaybi
  • il y a 6 heures
  • 3 min de lecture

Une arrestation de routine ? Plutôt la signature d’une doctrine qui a fait du Royaume l’un des partenaires les plus écoutés de la lutte mondiale contre le terrorisme.



Terroriste Berkane

Le 25 juin, à Berkane, le Bureau central d’investigations judiciaires a interpellé un homme de trente-sept ans. Il avait prêté allégeance à Daech, échoué à rejoindre ses rangs au Sahel, puis s’était rabattu sur ce que les communiqués appellent le « jihad individuel » : préparer, seul, de quoi frapper son propre pays. L’affaire tient en quelques lignes. C’est précisément ce qui mérite qu’on s’y arrête.


Car cette brièveté est un luxe. Elle dit qu’au Maroc, l’exceptionnel est devenu ordinaire : un projet d’attentat défait avant même d’exister, sur la foi d’un renseignement patient et d’une filature méthodique. Le Royaume n’a pas toujours eu ce confort.


Il faut se souvenir du 16 mai 2003. Ce soir-là, douze kamikazes frappent Casablanca en plusieurs points ; on compte des dizaines de morts. Le pays découvre, dans le sang, que la menace est intérieure autant qu’importée. De ce traumatisme naît une décision : ne plus jamais subir. Le Maroc reconstruit alors patiemment son architecture de sécurité, autour de la Direction générale de la surveillance du territoire, puis, en 2015, d’un Bureau central d’investigations judiciaires que la presse étrangère surnommera vite le « FBI marocain ». Berkane, hier, en est le produit le plus banal — et donc le plus éloquent.


Mais la singularité marocaine n’est pas dans la force. Elle est dans ce que le Royaume a placé à côté d’elle. Là où d’autres n’ont opposé à la terreur que des armes, le Maroc a ouvert un second front, spirituel celui-là. Le Roi y est Commandeur des croyants, garant d’un islam du juste milieu ; l’Institut Mohammed VI de formation des imams forme des prédicateurs venus de tout le continent et d’Europe ; la Rabita Mohammadia travaille le terrain des idées. Champ et contre-champ : on neutralise l’homme, et l’on assèche l’idéologie qui le fabrique. C’est une doctrine complète, pas une simple police.


C’est ce modèle qui a transformé la place du Maroc dans le monde. D’une cible, il est devenu un partenaire — et même un partenaire courtisé. À plusieurs reprises, son renseignement a permis de déjouer des attentats en Europe et de localiser des hommes que Paris, Madrid ou Bruxelles cherchaient en vain. Le communiqué de Berkane le rappelle d’ailleurs sans détour : l’opération s’inscrit dans une coopération « avancée » avec les États-Unis. Le Royaume ne quémande plus une protection ; il en fournit. Et dans la nouvelle architecture régionale née de ses choix diplomatiques, le Maroc occupe désormais une position rare : celle d’un carrefour où le renseignement circule entre des capitales qui, hier encore, ne se parlaient pas.


Voilà pourquoi une arrestation à Berkane n’est pas un fait divers. C’est une signature. Celle d’un pays qui a cessé d’importer la menace pour exporter de la stabilité — et qui rappelle, presque sans bruit, qu’il s’est hissé parmi les sentinelles du monde.


Pour aller plus loin


Ce que cet article effleure — les institutions du Royaume, son islam du juste milieu, sa place singulière dans le monde — je l’explore en profondeur dans mon livre « 150 questions sur le Maroc ». Une lecture pour comprendre le pays au-delà des clichés : son histoire, sa société, sa mémoire, ses forces invisibles.


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